Saint-Just, ange de pureté révolutionnaire ?

 

Saint-Just (Antoine-Louis-Léon)

 

L’ange dela pureté révolutionnaire (1767-1794)

 

Homme politique et écrivain français né à Decise (Nièvre) le 25 août 1767 et guillotiné à Paris le 28 juillet 1794.

En 1786, il est interné six mois à Picpus sur demande de sa mère. Pas très honnête, il avait en effet volé les bijoux et autres objets précieux de la famille. Il profitera de sa détention pour entamer la rédaction de son principal ouvrage, Organt, poème en huit mille vers, qui paraîtra en 1789. L’ouvrage sera réédité trois ans plus tard sous le titre complet de : " Mes passe-temps, ou le nouvel Organt de 1792, poème lubrique en XX chants, par un député de la Convention nationale ".
Le 2 septembre 1792, il a en effet été élu à la Convention. Proche de Robespierre dont il est l’amant (1), il occupe malgré son jeune âge et son inexpérience des postes importants : Commissaire de l’armée du Rhin, président de la Convention… Il sera exécuté avec Robespierre.
Pendant la Révolution, Saint-Just a écrit quelques textes, politiquement corrects pour l’époque, qui lui ont donné une image de vertu.

Dans la mythologie républicaine, il est l’ange implacable de la pureté, drôle de pureté nous allons le voir…

 

Organt

Dans le nuage de mythologie révolutionnaire qui entoure Saint-Just, Organt est considéré comme un ouvrage de révolte contre la noblesse et le clergé, sans plus d’information. L’ouvrage est pourtant révélateur du personnage. On n’écrit pas huit mille vers sans y penser, et on ne le fait pas rééditer si on le trouve négligeable.
Plutôt que des commentaires, il suffira de quelques extraits pour donner une idée du style et du thème. Le sous-titre de l’œuvre, " poème lubrique en XX chants " est déjà une mise en bouche.

L’histoire est celle d’Antoine Organt, paladin de Charlemagne, amateur de femmes, parti à la recherche de l’archevêque Turpin. Les aventures sont copiées sur celles de l’Iliade et l’Odyssée, Roland, Dom Quichotte, Pantagruel et autres.
 

Zoophilie (Chant IV) :

" La chair, la chair de son aiguillon roide
le combattait et lui pressait le flanc ;
la chair insiste, et le pauvre âne cède.
Le tendre amour avait mis en effet
Dans son cœur faible un vigoureux projet.
Il était âne, et guerrier qui plus est.
Sur le rocher, mollement étendue,
Linde découvre une cuisse charnue,
Et cependant le nerveux pénaillon
De la chair dure agitait l’aiguillon.
Amour, dit-il tendrement en lui-même,
Entre mes bras assoupis ce que l’aime
Il s’agenouille ; au premier coup de rein
La Belle saute, & s’éveille soudain.
Elle s’éveille, ô fantôme, ô surprise !
Un âne en pleurs, un âne à ses genoux !
Ses sentiments, qu’il rendait à sa guise,
Dans ses regards je ne sais quoi de doux,
L’air de vertu, de honte, de franchise,
Et ne sais quoi qui toujours sympathise,
Font soupçonner à l’avide Beauté
L’enchantement, Sornit, la vérité.
Au cou de l’âne elle vole en liesse (…) "

 

Le vin et le sexe (Chant V) :

" Antoine soupe, et Nice le servait.
Aigilloné par le vin et la table,
Il la trouvait encore plus aimable ;
De temps en temps tétons il lui prenait,
Et de baisers les mets assaisonnait.
Dans une tendre et pétillante orgie,
Oh qu’il est doux de presser tour à tour
Contre son sein sa bouteille et sa mie,
Ivre à la fois et de vin & d’amour !
Les deux amants, sans scrupule et sans gêne,
S’abandonnaient à leurs brûlants désirs,
Et s’enivraient de vin et de plaisirs
Déjà la nuit, sur son trône d’ébène,
Allait atteindre au milieu de son cours
Cette heure là, c’est l’heure des amours,
Dit Arouet. Sous le marbre et les chaumes,
En ce moment tous les hommes sont hommes ;
Le pâtre est souvent plus heureux
Entre les bras de sa brune Climène,
Qu’un roi ne l’est dans les bras d’une Reine ;
Et sous l’abri de son palais pompeux,
Souvent il tient des fesses surannées,
Presse un téton & des cuisses fanées,
Et bien souvent caresse même un cu
Qui dans le jour l’a fait sept fois cocu (…) "

 La fidélité, vue par le vertueux Saint-Just (Chant VII)

" Y pensons-nous en bonne conscience
Dans l’univers n’est-il d’autres tétons ?
Vous trouverez mille Nices pour une.
En attendant, le temps point ne perdons ;
Le verre en main, bravons notre infortune :
Heureux, rions ; & malheureux buvons. "

Le thème éculé (mais finalement pas trop mal tourné) des amours d’une nonne (Chant XI)

" Il vous l’étend, & d’une main lubrique
Trousse en jurant la dévote tunique.
Quand elle vit poindre je ne sais quoi,
Suzanne crut que c’était pour le prendre
Et le baiser. Sur le fier instrument
Elle appliqua sa bouche saintement :
Cela rendit Monsieur Billoi fort tendre,
Qui désormais s’y prit plus poliment.
Les flots pressés de sa bruyante haleine,
De ses poumons s’exhalaient avec peine ;
Il l’étouffait, voulant la caresser ;
Il la mordait, en voulant la baiser ;
Sa langue affreuse, & tendre avec furie,
De la Nonnain cherchait la langue pie,
Et notre Sœur, qui pour Dieu le prenait,
A ses efforts saintement se prêtait,
Allant au Diable, & brûlant Marie.
Quand la brebis, après ce doux baiser,
Sentit l’oiseau quelque part se glisser,
Aller, venir, et l’Ange tutélaire
De son sein blanc les deux roses sucer.
Elle comprit que c’était le mystère ;
Elle sentait une divine ardeur
De plus en plus s’échauffer dans son cœur.
Amour riait, assis sur le pinacle.
Mais ce fut bien encore autre miracle.
Quand tout à coup son regard s’anima,
Son sein bondit, et son teint s’alluma ;
Quand un rayon émané de la grâce,
La pénétra, confondit ses esprits,
Et l’emporta tout droit au Paradis. "

 

Florilège de bons mots

Saint-Just s’est fait une place dans la mythologie républicaine par ses jugements rapides et définitifs. En voici quelques uns.

" Je ne juge pas, je tue " (au procès de Louis XVI)

" Tant que vous verrez quelqu’un implorer une grâce dans l’antichambre des magistrats, ce gouvernement ne vaut rien ".

" Une nation ne peut se régénérer que sur des monceaux de cadavres "

" À proprement parler, il n’existe point de rapports entre les nations ; elles n’ont que des intérêts respectifs, et la force fait le droit entre elles. "

" Lorsqu’on parle à un fonctionnaire, on ne doit pas dire citoyen ; ce titre est au-dessus de lui. "

" Un gouvernement républicain a la vertu pour principe ; sinon, la terreur. Que veulent ceux qui ne veulent ni vertu ni terreur ?… "

" Il faut dans toute révolution un dictateur pour sauver l’État par la force, ou des censeurs pour le sauver par la vertu. "
 

 

De tous temps, il a existé des jeunes gens prétentieux, préoccupés de sexe et provocateurs.
Leur donner droit de vie ou de mort sur des populations est insensé.
En faire des modèles de vertu est ridicule.

 

Vive la mythologie révolutionnaire française ! 

 

http://www.contreculture.org/ 

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